 |
| Une autre époque... |
São Paulo, lundi 30 mars 2015, Bola Latina est invité par une personnalité brésilienne du ballon rond, bien connue des français : Leonardo. Entre deux appels, l'un en italien, l'autre en anglais, Leo demande : "Tu prends quelque chose? On va se tutoyer non? Moi je vais prendre un expresso mais je te fais une caïpirinha si tu veux." En plus d'avoir la classe et d'être polyglotte, l'homme est donc courtois et gentleman. On ne va pas vous mentir il nous fallait bien une ou deux caïpis pour entendre ses révélations...
Nous n'entendons plus trop parler de vous en Europe, est-ce volontaire?
Oui. Je dois avouer que le l'Europe du football commence sérieusement à m'ennuyer. Il y a vraiment beaucoup d'argent, tout est codifié, ce n'est plus du football : c'est du business à part entière. Je ne crache pas dans la soupe, j'ai moi même joué à ce petit jeu durant plusieurs années, c'est seulement qu'aujourd'hui cela me fatigue. Cette tempête médiatique autour de mon geste malheureux en France par exemple, m'a beaucoup affectée, mais cet instant de folie qui m'a traversé était en fait révélateur d'un état de nerf : j'étais à bout.
De retour au Brésil donc?
En effet, j'avais besoin de me ressourcer, de retrouver mes racines. Après des années à arpenter le vieux continent, j'ai enfin fini par l'avoir, cette fameuse saudade... Mais je garde contact avec certains amis, j'aide sur quelques dossiers. Il faut garder la main.
Vous semblez vous tourner vers le Brésil et l'Amérique Latine, quels sont donc vos projets?
Tout d'abords, m'occuper plus en profondeur de l'association que nous avons fondé avec Raï, Gol de Letra. Cela est important pour moi je pense, mais aussi et surtout pour ma communauté. Et puis je souhaite m'investir dans le football d'Amérique Latine. J'ai déjà pas mal de contacts, de propositions de poste d'entraineur, au Brésil évidemment mais également au Mexique, un championnat prometteur, en Argentine, au Chili, en Colombie, enfin un peu partout en somme.
Un retour sur le banc donc, vous avez une idée plus précise à nous fournir, un club en particulier?
Non. Je ne sais moi même pas encore ce qu'il en sera. J'hésite.
Que pensez vous du travail de Dunga?
Il est excellent, c'est quelqu'un que je connais très bien, en qui j'ai entièrement confiance. Ici, on peut déjà ressentir que le drame de cet été a été dépassé. Il ne sera jamais oublié, nous n'oublions jamais rien pour ce genre de chose, mais, dans les têtes, dans l'esprit d'équipe, le groupe est passé à autre chose. Je pense que Dunga et Taffarel (entraineurs des gardiens) font un travail remarquable. C'est notre génération, un peu comme vous en France, c'est la génération 98 en somme.
94 vous voulez dire?
Non 98. Ce qu'il s'est passé en France... (silence) Cela a soudé le groupe.
C'est à dire?
... Allez, tu es encore un petit journal, ça t'aidera peut être à faire le buzz et à te faire connaitre : On nous a demandé de lever le pied en seconde mi-temps de la finale. Vos bleus étaient cuits, on le sentait, la deuxième période serait pour nous. Je le sais car c'est Marcel (Desailly), avec qui je jouais au Milan qui me l'a dit, ils ne tiendraient pas les 90 minutes à notre rythme.
Et alors?
J'y viens. Ce qu'il s'est passé ensuite tiens plus du cinéma que d'autre chose tant c'était surréaliste : Cardoso, notre président d'alors, est rentré dans le vestiaire accompagné de Jacques Chirac et Charles Pasqua. On aurait dit un film de gangster. Les deux français souriaient, Cardoso également. Notre chef d'état nous a alors expliqué avec calme, toutefois empreint d'une grande froideur, que d'importants échanges commerciaux étaient sur le point d'aboutir entre nos deux pays. Qu'ils étaient importants pour notre patrie. Et que le président Chirac avait semble-t'il, grand besoin de la victoire de la France, il était question de cohésion nationale je crois... (silence) Alors on a fait semblant. On a eu quelques actions certes, mais si l'on regarde bien les images, l'on peut nettement s'apercevoir que l'envie d'aller jusqu'au bout était absente. On vous a laissé votre Coupe, on a perdu, pour notre pays.
Leonardo a ensuite souhaité s'arrêter là pour l'entretien, visiblement touché par le souvenir de cet épisode. Il nous a tout de même resservi un caïpi, et nous avons passé un très agréable moment en sa compagnie.
Bon. Un jour, promis, Bola Latina aura des interviews de ce niveau là... En attendant, on va essayer de vendre ce scénario à Scorsese et on vous souhaite surtout, une très bonne journée en ce 1er Avril.
:)