mardi 27 janvier 2015

Excès d'éloges et faux requiem



     Juan Roman avait tout pour lui et il a tout gâché. Prenons le temps de la réflexion : il y a eu une foule de joueur de son acabit, de grands talents, dont la carrière n’est en réalité pas un franc succès,  jalonnée de « aurait pu », « aurait du ». Riquelme est un rêve de hippie, l’idolâtrer revient à confesser un cruel manque de compréhension du football moderne.

    Les gens désirent voir des joueurs de haut niveau évoluer ensemble, pour affronter d’autres joueurs de haut niveau. Ils paient pour cela. Les salaires d’aujourd’hui se justifient d’ailleurs par cette volonté du public d’assister à un grand spectacle. Là où les présidents de club sont des promoteurs de show, les joueurs sont des gladiateurs. Ainsi ces derniers se doivent de tout mettre en œuvre dans le but de satisfaire le peuple des stades. Cela passe par les grands championnats européens. L’Angleterre, l’Espagne, L’Allemagne, l’Italie, même en déclin, sont les surfaces de jeux les plus regardées de la planète. Il faut se rendre à l’évidence : le beau football, celui qui vous en met plein les mirettes, celui des gagnants, se trouve sur le vieux continent. A quoi bon s’esquinter à regarder des championnats exotiques vidés de tout leurs talents, les rencontres qu’ils proposent sont la majeure partie du temps des purges technique et tactique sans intérêt. En ratant son passage espagnol et en se complaisant dans son cocon de Boca, Juan Roman Riquelme a fait preuve d’égoïsme, privant le monde d’un talent annoncé prometteur, et de lâcheté, en refusant de se confronter aux autres vedettes mondiales.

     Et quel talent ? Après tout, Juan Roman Riquelme n’a que très peu été présent sur les listes de nominés au Ballon d’Or – 3 fois en tout : 14e en 2005, tout juste sélectionné en 2006 et 14e en 2007 – et son palmarès est vierge de tout trophées majeurs. Hormis ses distinctions sur le continent sud-américain, les titres en clubs se limitent à une coupe Intertoto 2004 avec Villarreal. Heurtebis, Goussé, Delfim et Olembe en comptent autant… Quant à la sélection, l’or Olympique de 2008 pourrait faire illusion si l’on ne concède pas que la performance de l’albiceleste en Chine est avant tout l’œuvre de la génération Messi-Di Maria-Aguëro, génération qui a su amener l’Argentine en finale de Coupe du Monde, elle. L’on peut également noter que beaucoup de ses contemporains argentins, de niveau international, sont partis sans recevoir autant d’éloges. Qui était là pour ajouter son mouchoir à l’heure des retraites de Verón, Crespo, Lopez, Sorin, Heinze et Gallardo ? Où sont passés les articles larmoyants et les vidéos best-of ? Ses fuoriclasses, qui eurent au moins le courage et les capacités nécessaires pour s’imposer dans les grandes équipes européennes, ont eu une carrière tout aussi intéressante que la sienne, souvent bien plus complète même. Comme eux, Aimar partira bientôt, sans bruit, sans reconnaissance.

    Juan Roman Riquelme est un fantasme d’idéaliste, une fantaisie pour esthète, une utopie, un mensonge. Riquelme, c’est un football archaïque, passéiste. Le football est quelque chose de sérieux, lui ne l’a jamais considéré comme tel. Les grands joueurs gagnent, Juan Roman Riquelme ne gagnait pas. Juan Roman Riquelme n’est pas le grand joueur que l’on veut vous faire croire.
Signé : Le cynisme

     Voilà ce que l’on aurait pu écrire si l’on n’aimait pas le football naïf, celui des enfants, celui des rues, des parcs, des cours et des terrains vagues, celui du dimanche, du samedi, d’après l’école, celui qui est baigné par le soleil, trempé par la pluie, celui qui s’est improvisé, qui n’avait pas lieu d’être, celui où c’est n’importe quoi, où c’est trois grands contre huit petits, où même les clebs participent, celui où il n’y a même pas de cages, celui qu’on joue tout seul, entre les meubles du salon, celui que les adultes oublient, puis se rappellent, le regard perdu, un sourire mélancolique éclairant le visage, celui que l’on est en train de tuer. Attention…

     Non, vraiment Juan Roman Riquelme ne mérite pas touts ces éloges, car il s’agit d’une duperie, il n’a pas pris sa retraite. Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus, il continuera de jouer à ce jeu, pendant un asado, avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis. L’on n’arrête jamais de jouer au football quand on le vit comme cet homme.


     Alors, vamos a jugar Señor Riquelme ?

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