Juan Roman avait tout pour
lui et il a tout gâché. Prenons le temps de la réflexion : il y a eu une
foule de joueur de son acabit, de grands talents, dont la carrière n’est en
réalité pas un franc succès, jalonnée de
« aurait pu », « aurait du ». Riquelme est un rêve de hippie,
l’idolâtrer revient à confesser un cruel manque de compréhension du football
moderne.
Les gens désirent voir des
joueurs de haut niveau évoluer ensemble, pour affronter d’autres joueurs de
haut niveau. Ils paient pour cela. Les salaires d’aujourd’hui se justifient
d’ailleurs par cette volonté du public d’assister à un grand spectacle. Là où
les présidents de club sont des promoteurs de show, les joueurs sont des
gladiateurs. Ainsi ces derniers se doivent de tout mettre en œuvre dans le but
de satisfaire le peuple des stades. Cela passe par les grands championnats
européens. L’Angleterre, l’Espagne, L’Allemagne, l’Italie, même en déclin, sont
les surfaces de jeux les plus regardées de la planète. Il faut se rendre à
l’évidence : le beau football, celui qui vous en met plein les mirettes,
celui des gagnants, se trouve sur le vieux continent. A quoi bon s’esquinter à
regarder des championnats exotiques vidés de tout leurs talents, les rencontres
qu’ils proposent sont la majeure partie du temps des purges technique et
tactique sans intérêt. En ratant son passage espagnol et en se complaisant dans
son cocon de Boca, Juan Roman Riquelme a fait preuve d’égoïsme, privant le
monde d’un talent annoncé prometteur, et de lâcheté, en refusant de se
confronter aux autres vedettes mondiales.
Et quel talent ? Après
tout, Juan Roman Riquelme n’a que très peu été présent sur les listes de
nominés au Ballon d’Or – 3 fois en tout : 14e en 2005, tout
juste sélectionné en 2006 et 14e en 2007 – et son palmarès est
vierge de tout trophées majeurs. Hormis ses distinctions sur le continent
sud-américain, les titres en clubs se limitent à une coupe Intertoto 2004 avec
Villarreal. Heurtebis, Goussé, Delfim et Olembe en comptent autant… Quant à la
sélection, l’or Olympique de 2008 pourrait faire illusion si l’on ne concède pas
que la performance de l’albiceleste en Chine est avant tout l’œuvre de la
génération Messi-Di Maria-Aguëro, génération qui a su amener l’Argentine en
finale de Coupe du Monde, elle. L’on peut également noter que beaucoup de ses contemporains
argentins, de niveau international, sont partis sans recevoir autant d’éloges.
Qui était là pour ajouter son mouchoir à l’heure des retraites de Verón,
Crespo, Lopez, Sorin, Heinze et Gallardo ? Où sont passés les articles
larmoyants et les vidéos best-of ? Ses fuoriclasses, qui eurent au moins
le courage et les capacités nécessaires pour s’imposer dans les grandes équipes
européennes, ont eu une carrière tout aussi intéressante que la sienne, souvent
bien plus complète même. Comme eux, Aimar partira bientôt, sans bruit, sans
reconnaissance.
Juan Roman Riquelme est un
fantasme d’idéaliste, une fantaisie pour esthète, une utopie, un mensonge. Riquelme,
c’est un football archaïque, passéiste. Le football est quelque chose de
sérieux, lui ne l’a jamais considéré comme tel. Les grands joueurs gagnent,
Juan Roman Riquelme ne gagnait pas. Juan Roman Riquelme n’est pas le grand
joueur que l’on veut vous faire croire.
Signé : Le cynisme
Voilà ce que l’on aurait pu
écrire si l’on n’aimait pas le football naïf, celui des enfants, celui des
rues, des parcs, des cours et des terrains vagues, celui du dimanche, du samedi,
d’après l’école, celui qui est baigné par le soleil, trempé par la pluie, celui
qui s’est improvisé, qui n’avait pas lieu d’être, celui où c’est n’importe
quoi, où c’est trois grands contre huit petits, où même les clebs participent, celui
où il n’y a même pas de cages, celui qu’on joue tout seul, entre les meubles du
salon, celui que les adultes oublient, puis se rappellent, le regard perdu, un
sourire mélancolique éclairant le visage, celui que l’on est en train de tuer.
Attention…
Non, vraiment Juan Roman Riquelme ne
mérite pas touts ces éloges, car il s’agit d’une duperie, il n’a pas pris sa
retraite. Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus, il continuera de jouer à ce jeu, pendant
un asado, avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis. L’on n’arrête jamais
de jouer au football quand on le vit comme cet homme.
Alors, vamos a jugar Señor
Riquelme ?

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